Les OGM comment ça marche ?
Créé en 1901 à Saint Louis aux États-Unis, Monsanto est une compagnie qui se déclarerespectueuse de l'environnement et qui souhaite développer des produits pour aider les agriculteurs dans leur travail sans polluer les terres. Pour cela, elle envisage de créer des plantes résistantes aux pesticides ou maladies et capables d'êtrecultivées en plus grande quantité et avec un meilleur rendement qu'une agriculture traditionnelle.
Les scientifiques de la compagnie introduisent le gène du pesticide dans l'ADN de la plante afin que celle-ci se l'approprie et puisse par la suite résister au désherbant. C'est pour cela que le Roundup est devenu un produit mondialement connu et consommé, car il ne détruit « que » les mauvais herbes. Cependant, aucun test sérieux n'a été conduit par la compagnie pour vérifier que les plantes génétiquement modifiées (OGM) ne représentaient aucun danger pour l'homme, s'il en mangeait. Des scientifiques indépendants ont d'ailleurs subi des pressions afin d'arrêter ou ne pas pousser leurs recherches plus loin sur ce sujet, dans l'intérêt de Monsanto. Ils dénoncent cependant la technique d'insertion du gène comme étant à l'origine de nombreuses contaminations.
Un scandale planétaire
Le produit phare de la multinationale est le désherbant Roundup présenté comme non dangereux, ni pour l'homme ni pour les animaux domestiques ni l'environnement, sur son étiquette. La société a tout de même été attaquée deux fois en justice pour publicité mensongère car ce produit miracle s'est révélé être très toxique. En effet, il influence la division des cellules de l'organisme qui deviennent instables et sont responsables de développement de cancers 30 ou 40 ans plus tard.
Autre affaire, près de 20.000 habitants de la ville d'Anniston, aux USA, ont porté plainte contre Monsanto après que la majorité d'entre eux aient été contaminés par le PCB, produit hautement toxique rejeté dans les eaux, les sols ou encore l'air par l'entreprise. Même si la compagnie a été condamnée à verser 700 millions de dollars pour indemniser les victimes, décontaminer la ville et construire un hôpital pour accueillir les malades, ses dirigeants n'ont pas été inquiétés. Mais le côté le plus noir de cette affaire est peut-être le fait queMonsanto savait dès le début que le Roundupétait dangereux, mais a préféré ne rien dire pour ne pas perdre le moindre dollar sur la vente de son produit. Elle a préféré débourser 700 millions de dollars pour indemniser les habitants d'Anniston, somme qui ne représente d'ailleurs qu'une infime partie de ses profits. Cela valait bien le coup de garder le secret sur la dangerosité du produit.
Mais ce ne sont pas les seuls scandales qui aient frappé la compagnie : les hormones de croissance (rBGH), l'agent orange (245T), la dioxine, le gène BT, la contamination transgénique, etc. sont autant de fléaux qui ont touché de nombreuses populations et en contaminent encore. Face au monopole de Monsanto, les scientifiques indépendants ou même les gouvernements ne font pas le poids. Les uns sont discrédités, harcelés et renvoyés tandis que les autres sont accusés de vouloir nuire au développement de l'industrie américaine avec des pratiques commerciales douteuses.
Une emprise mondiale
En 1996, la multinationale réussit à faire passer une loi autorisant la culture OGM aux USA. Elle ajoute que, par ce procédé, les agriculteurs gagneront beaucoup de temps : en « deux pulvérisations » leur champs sera débarrassé des mauvaises herbes, et leur rendement meilleur. Ce qui rend également la situation délicate aux USA est qu'il n'existe aucune législation en vigueur pour obliger les fabricants à indiquer sur les étiquettes de leurs produits s'ils proviennent d'une culture GM ou traditionnelle. Résultat, les consommateurs en mangent régulièrement sans le savoir mais surtout sans ne rien pouvoir faire. Nous dirigeons-nous vers la fin du respect de l'individu et de la liberté individuelle pour faire valoir nos droits ?
Monsanto justifie cette absence de loi par ce qu'il appelle « le principe d'équivalence en substance ». En d'autres termes, les plantes GM sont similaires à celles issues d'une culture traditionnelle et toute réglementation est donc inutile. Dans ce cas, pourquoi l'entreprise a-t-elle dépensé une somme faramineuse, 44 millions de dollars, pour empêcher la première loi sur l'étiquetage des produits en Californie de passer ? Mais surtout, pourquoi 52,2% des Californiens ont voté « en faveur » des intérêts de Monsanto ? Si aucune conscience collective n'arrive à percer lorsque l'on donne le choix à la population de prendre soin de ce qu'elle mange, le combat semble perdu d'avance.
A long terme, le but de Monsanto est de breveter toutes ces « innovations technologiques » afin deposséder tous les droits sur les cultures et semences des agriculteurs et donc de contrôler la production mondiale de nourriture. La multinationale justifie ces pratiques grâce à sa charte éthique : « Chaque fermier achetant des semences transgéniques doit signer un contrat d'utilisation de la technologie où il s'engage à respecter le brevet obtenu de la compagnie sur le gène manipulé ». Les OGM étant protégés par la loi sur les brevets, et Monsanto créant toujours plus de nouvelles plantes transgéniques, il finira par posséder des brevets pour chaque culture, encaissera ainsi des royalties et gonflera ses profits d'années en années. Les agriculteurs sont dépendants de Monsanto et tous finiront par le devenir car les cultures traditionnelles sont de plus en plus fragiles et facilement contaminables par les plantes GM.
Monsanto intouchable ?
Mais pourquoi après la diffusion de ce reportage contenant les témoignages de plusieurs dizaines de scientifiques ou hommes d'Etat, rien ne bouge ?Monsanto étend encore davantage son pouvoir et son empire en s'attaquant aux plantations en Inde ou en Amérique du Sud, détruisant des milliers de végétaux et contaminant des peuples entiers. Pourquoi personne ne réagit ? Il paraît cependant évident que si plusieurs pays se groupent contre la multinationale, ils auraient plus de pouvoir et de légitimité pour réfuter leurs « arguments » et les condamner une bonne fois pour toute. Plus facile à dire qu'à faire ? Une situation irréversible ?
Les horreurs provoquées par la politique de l'argent de Monsanto devraient en révolter plus d'un et provoquer une prise de conscience général afin de ne pas tous finir en êtres génétiquement modifiés. Mais lorsque l'on voit qu'en 2012, la multinationale a encore enregistré un profit de quelques 2 milliards de dollars, soit une hausse de 27%, il y a de quoi se poser des questions et se demander si l'on se sent vraiment concerné par ce problème.
Une dernière affaire tend également à prouver que la multinationale est intouchable. En effet, un agriculteur de l'Indiana, USA, risque d'êtrecondamné pour avoir réutilisé et cultivé les mêmes graines de soja de 1999 à 2007. Il est surtout accusé d'avoir violé la loi sur les brevets protégeant les innovations biotechnologiques de Monsanto en utilisant des graines destinées à l'alimentation des animaux pour les semences. D'après le journal Les Échos, le juge a déclaré à l'agriculteur : " Vous savez que la loi interdit certaines choses. Ce qu'elle prohibe ici, c'est de faire une copie d'une innovation protégée par un brevet. Et c'est ce [que vous avez] fait ". Avant de conclure que cela ne servait à rien de dépenser autant d'argent pour innover si n'importe quel agriculteur venu se permet de voler les idées d'un autre. Le cas Monsanto et les millions de personnes qu'il a contaminé ne paraît pas d'égale importance face à ce voleur de graines ! L'expression " le pot de terre contre le pot de fer " prend ici tout son sens.